SEGUNDO LUGAR

Tortues à éperon : Une Lueur d Espoir pour leur Préservation

Vero Andriamiarisoa   La Gazette de la Grande Ile  


A Madagascar, la tortue à éperon, scientifiquement appelée "Geochelone yniphore" mais, plus connu en dialecte local sous la dénominational "Angonoka" est depuis quelques années en voie de disparition. Mais grâce à un programme de protection mis en œuvre par le Jersey Wildlife Preservation Trust (JWPT), une lueur d'espoir s'est présentée quant à la préservation de l'existence de telles espèces endémiques à la Grand Ile. L'on sait même que le programme de conservation de cette espèce rare, qui s'est traduit pas l'élevage en captivité, a d'ailleurs déjà permis la reproduction de plus de 100 jeunes animaux dans leur milieu naturel.

Placé sous la direction de Ron Reid du JWPT, le travail de préservation de la tortue à éperon a commencé avec 5 mâles et 3 femelles. Vers la fin de la décennie 90, ces tortues terrestres ont pu se reproduire au gré de leur envie et de leur humeur, dans une zone protégée de la station de recherche d'Ampijoroa, située à environ 100 kilomètres à l'Est de la ville portuaire de Mahanjanga. A l'heure actuelle, le chercheur du JWPT se montre plus optimiste qu'il ne l'a été quelques années auparavant. " Il y a 10 ans, les débuts de la station ont été difficiles. On ne savait encore rien sur ces animaux. Entre temps, on a appris à les observer. On connaît aujourd'hui les 30 herbes les plus appréciés de cette espèce. On sait ainsi que les " Angonoka " aiment tout particulièrement les cactus gras " a-t-il mentionné dans un interview qu'il a donné au journal " Das Tier ". Et de poursuivre : " c'est en 1998 que la première petite tortue vint au monde en captivité. Hélas, la plupart des bêtes qui naissaient à cette époque mourraient. Aujourd'hui, 8 femelles et 9 mâles vivent dans la station et environ 100 petits ont vu le jour sur place.

L'objectif à long terme de JWPT est de les laisser de nouveau vivre à l'état sauvage. Mais ce rêve ne se réalisera pas de si tôt. Le premier venu des petits pèse actuellement à peine plus d'un kilo. Il a été maintenant transféré avec ses 6 frères et sœurs du jardin d'enfant au foyer des jeunes ". Comme le processus de remise en liberté dure des années, les chercheurs profitent du temps qui leur est incombé pour étudier minutieusement le comportement et les habitudes des " Angonoka ". Chaque mouvement, leurs préférences alimentaires et leur comportement social sont observés et notés avec précision.

Parmi les 250 reptiles de cette espèce, l'Angonoka, n'est pas la plus grande avec sa carapace logue d'un demi mètre. Mais une caractéristique unique la rend très spéciale : sous son cou se trouve un éperon en forme de langue. Ce prolongement de la carapace au niveau de la poitrine remonte jusqu'au cou, si bien que l'animal est obligé d'incliner la tête sur le côté de l'éperon pour se nourrir et boire de l'eau. Pour les femelles, cet éperon naturel représente une contrainte alors que les mâles en ont besoin pour combattre leurs rivaux. Avec leur éperon en guise de corne de bouc, les prétendants adversaires se bousculent et essaient de se renverser. Celui qui tombe à la renverse perd son droit sur les femelles et aura de surcroît du mal à se remettre d'aplomb un son poids de 25Kg. La victoire rend le mâle le plus combatif dominant et il peut sur le champ passer à l'accouplement collectif.

La période de reproduction commence au mois d'octobre et se termine au mois de décembre. Après environ 6 semaines de gestation, la femelle creuse un premier nid. Pour ce faire, elle utilise ses pattes arrières qu'elle enfonce de plus en plus dans le trou afin de sonder la profondeur . Ensuite, elle pond jusqu'à 6 œufs dans un tunnel profond d'environ 13 centimètres. Après un mois environ, elle creuse un second trou et dépose encore quelques œufs. A chaque pondaison, qui prend fin en juin, la femelle peut délivrer jusqu'à 20 œufs dans plusieurs trous. Puis, dès le début du mois de novembre, quand la pluie et la chaleur s'abattent sur l'île, les petits éclosent. Seulement, la moitié des œufs arrivent à terme. C'est ainsi que commence le long combat pour la survie des jeunes animaux dotés d'une délicate carapace. Comme les tortues se délectent avec les excréments de sangliers, elles se trouvent souvent sur leur chemin et font piétiner.

Force est cependant de constater que le plus grand danger pour ces animaux s'avère être les feux de brousses. Dans le régions sèches de Madagascar, chaque année, des milliers d'hectares de buissons et de steppes brûlent. Ainsi, d'innombrables animaux disparaissent dans les flammes. Notons néanmoins que les habitants de cette région ne mangent pas les tortues car cela constitue pour eux un interdit. Néanmoins, l'on sait que ces derniers aiment bien posséder une " angonoka " chez eux, en guise d'animal domestique. Ainsi, ils percent un trou dans la carapace de l'animal et l'attache avec une ficelle, cela dans l'objectif de ne pas les laisser s'échapper.